*** Printemps 2005 ***

 


 

 

 *** Aube ***

L’aurore a déchiré les voiles de la nuit.
Le ciel s’est empourpré tel orange sanguine.
Une étoile se meurt derrière la colline.
La colombe esseulée roucoule son ennui.


Dans le bois clair-obscur s’agitent les oiseaux.
Le lys va se parer de perles de rosée.
Sous le soleil levant, la nature apaisée
S’apprête à célébrer l’aube d’un jour nouveau.


Compagnon gracieux du rêve romantique,
Poète de la  nuit au chant mélancolique,
Le rossignol s’est tu aux premières lueurs.


Sous le ciel pâlissant la campagne endormie,
Fière de sa beauté, prodigue de ses fleurs,
Pour tout un jour encor va renaître à la vie.

 

Renée Jeanne Mignard

 

*** Renouveau ***

S’en revient le printemps,
Magie des aubes claires,
Du réveil de la terre,
Des brumes sur l’étang.


Dans le jardin déjà
Sont nés la pâquerette,
La douce violette,
L’odorant seringa.


Parterre diapré,
Lumineuse présence,
Fleurs de la renaissance
Reposant sur le pré.


Jonquille canari,
Jacinthe, cinéraire,
Narcisse, primevère,
Tulipe, muscari.


L’arbre que le très haut
Priva de sa parure,
Tend ses vertes ramures
Aux petits des oiseaux.


Murmures des ruisseaux
Doux écrins de verdure,
C’est toute la nature
Qui dit le renouveau.

Que de grâces, printemps,
Nous avons à te rendre
Quand l’avril au cœur tendre
Ensoleille le temps.


Haut dans le ciel serein,
Aux couleurs d’aquarelles
Dansent les hirondelles.
Il  fera beau demain.

Renée Jeanne Mignard

 

 

*** Complainte ***

Un jour du mois de mai, la touffe de muguet,
Lasse d’avoir les pieds dans le même sabot,
Sortit de son logis et quitta la forêt
Pour aller voir ailleurs si le monde était beau.


Elle partit tout droit, ne se retourna pas.
Fredonnant doucement, ou chantant de bon cœur,
Appuyée sur sa crosse, elle allait d’un bon pas
Les kilomètres, vrai, ne lui faisaient  pas peur.


Je remercie le ciel d’être toujours vivante,
Se dit-elle soudain à la fin d’un couplet.
J’ai eu peur de ces gens et de leurs mains méchantes.
Ils nous tuent sans remords pour faire des bouquets.


Leurs grands pieds maladroits nous pressent, nous écrasent.

Nous souffrons mille morts avant d’être cueillis.
Et nous nous retrouvons dans l’eau d’un petit vase
Sur un marbre, un buffet, une table de nuit.

C’est un cruel destin que le ciel nous impose.
Je sais bien qu’il en est ainsi de chaque fleur,
Mais nous avons en plus un petit quelque chose.
Est-il vrai ; dites-moi, que nous portons bonheur ?

Eh oui, c’est pour cela que les hommes nous cueillent,
Qu’ils nous vendent partout le premier jour de mai.
Nos clochettes parfum, dans leur écrin de feuilles
Leur apportent l’espoir, et tout ce qu’il permet.

Si c’est bien pour cela que nous venons au monde,
Mieux vaut m’en retourner, regagner le logis,
M’endormir doucement dans la forêt profonde.
Au mois de mai prochain, j’aurai beaucoup grandi.
Fière comme jamais de mes clochettes neuves,
Quand un petit enfant s’approchera de moi,
Oubliant ma douleur, stoïque dans l’épreuve,
Je lui dirai tout bas : je suis là, cueille –moi !

 

Renée Jeanne Mignard

 

*La Rose et le Jardinier*

Rêvant parmi les fleurs écloses,
Sous le doux soleil printanier,
Un beau jour je vis une rose
Qui embrassait un jardinier.


La chose était par trop étrange.
Je n’en pouvais croire mes yeux.
Pourtant, l’inconcevable échange,
Le jamais vu avait bien lieu.

Les joues empourprées, notre rose
Offrait son calice odorant.
Le jardinier, paupières closes,
Humait son parfum enivrant.


Mais un intrus rompit le charme.
Bien à regret, l’air très ému,
Le jardinier rendit les armes
Et fit place au nouveau venu.


Par trop volage était la belle.
Sous le regard d’un moinillon,
Notre rose vile infidèle
Se donna à un papillon.

C’est vrai, et vous pouvez m’en croire.
Et personne ne peut nier,
Qu’elle était belle cette histoire
D’une rose et d’un jardinier.

 Renée Jean ne Mignard

 

 

***Les Petits Bonheurs***

Tu dis que le bonheur est trésor de la vie,
Qu’il est bien difficile ici-bas de trouver.
C’est la  quête du cœur, une étrange alchimie 
Des sentiments confus que l’on peut éprouver.


Il suffit quelquefois du parfum d’une rose
Pour se sentir léger, joyeux comme pinson.
Une averse d’avril un oiseau qui se pose,
Une aube de printemps, l’écho d’une chanson.


Il est mille plaisirs qui font belle la vie.
Une soirée d’été sous les acacias,
La lettre d’une sœur, l’épaule d’une amie,
Le rire d’un bambin qui fait ses premiers pas.


Mais ce peut être aussi la cascade qui gronde,
La valse de Ravel, un tableau de Gauguin,
Les larmes de la  pluie sur l’Indre vagabonde,
Le pur enchantement d’une œuvre de Chopin.


La vigne généreuse au soleil de septembre,
Une vague qui meurt sur la plage dorée,
La magie de Noël dans la nuit de décembre,
Les violons du vent, un feu de cheminée.


Tous ces petits bonheurs que le ciel nous dispense
Sont source de bien-être et de sérénité.
Hâtons-nous d’en fleurir notre brève existence
Avant que de songer à notre éternité.

 

Renée Jeanne Mignard

 

 

*** Le Coucou ***

Dès l’aube ce matin a chanté le coucou.
Je ne sais si cela vous inspire beaucoup,
Mais j’éprouve à l’entendre une certaine joie.
Et pourtant, disons-le, il faut bien qu’on le croie,
Cette pendule à plumes n’est pas bon apôtre.
Il dépose ses œufs dans le logis d’un autre,
Se moque éperdument de sa progéniture,
Et nous donne à penser que Madame Nature,
Le jour qu’elle créa l’infâme profiteur,
Il n’en faut pas douter, avait la tête ailleurs.


Mais cela ne fait rien. Quand j’entends le coucou,
Je me prends à sourire, et je me dis surtout
L’oreille chatouillée par son appel flûté
Que le printemps est là, et qu’arrive l’été.
Que dans l’abri feuillu de l’arbre centenaire,
Sur le chemin poudreux qui mène à la rivière,
Un oiseau du Bon Dieu, insouciant, moqueur,
Un clair matin d’avril m’a mis la joie au cœur.
Je ne sais si cela vous fait pareil à vous ...
Dès l’aube ce matin a chanté le coucou.

 

Renée Jeanne Mignard

***Important***

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